En souvenir de Vanessa Noizet
Texte de Benoît Decron, alors directeur du Musée Soulages, Rodez, paru dans le catalogue de l’exposition Chaissac & CoBrA, sous le signe du serpent, édition Gallimard / Musée Soulages, 2021, p. 16.
Vanessa Noizet (1986-2021) est une historienne de l’art qui a beaucoup travaillé dans les marges de l’art moderne. Elle s’est consacrée progressivement à l’étude de l’œuvre de Gaston Chaissac. À la lisière de l’art brut, elle a publié des articles scientifiques. Très tôt, elle s’est consacrée à l’étude d’une figure singulière, Anatole Jakovsky, écrivain, critique (de l’art concret aux peintres naïfs) et collectionneur obsessionnel.
En 2011, elle soutint son Master 1 à la Sorbonne, Anatole Jakovsky (1907-1983), la trajectoire d’un critique d’art du vingtième siècle, sous la direction d’Arnauld Pierre. Vanessa rencontrera à Blainville-Crevon les membres de l’association La Sirène (Philippe Monart, Patrick Frère) qui conserve les documents, objets, œuvres et livres du critique. Elle découvrit là-bas l’abondante correspondance Chaissac/Jakovsky qui sera le corps de son Master 2 soutenu en 2014, « Cher collègue », étude de la correspondance échangée entre Gaston Chaissac et Anatole Jakovsky (1948-1964). Elle a préparé pour l’édition cette correspondance acquise en 2017 par le musée de l’Abbaye Sainte-Croix des Sables d’Olonne. Nous mènerons à bien en son nom cette publication.
Jakovsky, adversaire de Dubuffet qui taille la route de l’art brut, avait écrit en 1952 Gaston Chaissac l’homme orchestre. Vanessa Noizet œuvrait à sa thèse sur la réception critique de l’œuvre de Chaissac, des années 30 à nos jours. Étudiante extrêmement cultivée, elle poursuivait ses études en exerçant différentes situations : archiviste à la médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine, chargée de cours à l’École du Louvre, assistante à la Maison Rouge, chargée de recherche au Centre Pompidou, membre du comité scientifique pour l’exposition et la publication de Gaston Chaissac Chroniques aux Sables d’Olonne, etc.
Beaucoup d’engagements et de responsabilités scientifiques au cœur d’une époque, d’un milieu culturel peu favorables à des emplois dignes et pérennes. Esprit vif et méthodique, elle souffrait, comme beaucoup de jeunes chercheurs, d’un manque de reconnaissance et de place. De ses projets, dans le fil de son histoire et de celle de l’art, nous causions régulièrement dans la chaleur des cafés parisiens. Vanessa était la femme d’une passion. Le talent de Vanessa Noizet et la qualité de ses contributions étaient reconnus. Voulant d’emblée l’engager dans l’aventure Chaissac & CoBrA s’annonçant à Rodez après La Haye, je lui dédie cette exposition et son catalogue.
Benoît Decron, 28 septembre 2021